6 erreurs à éviter concernant la garde des enfants

Tout enfant tend naturellement à s’attacher à ses parents s’ils prennent soin de lui.  Après une séparation, s’il doit privilégier l’attachement à un seul parent au lieu des deux… il sera piégé. Comment lui éviter ce conflit ou l’aider à s’en sortir?

Par Me Louis Baribeau, avocat et médiateur familial

Dès la naissance, l’enfant recherche ce précieux lien d’attachement et de proximité avec une ou des personnes qui lui est nécessaire pour survivre et se développer. Ce lien d’attachement s’établira tout naturellement avec les personnes qui répondent à ses besoins physiologiques, sociaux et de stimulation, qui sont généralement ses parents.

Au début de la vie, ce lien est non seulement utile pour assurer à l’enfant sa subsistance, mais c’est aussi un ancrage pour explorer en sécurité son environnement et se développer.

Cette relation d’attachement sera pour l’enfant sa toute première relation affective.[1]  Elle sera les fondations sur lesquelles s’appuieront toutes ses relations sociales au long de sa vie. Elle aura aussi une incidence sur sa capacité d’adaptation et la construction de sa personnalité.

Pour les jeunes enfants, le conflit de loyauté non réglé, peut engendrer des problèmes psychologiques graves à long terme. (Voir l’article Les effets du conflit parental sur les enfants).

Quel est le dilemme vécu par l’enfant?

L’éloignement d’un parent ou le conflit parental mettra à l’épreuve ce lien d’attachement. L’enfant voudra que ses parents restent ensemble, car la séparation complique ses relations avec eux. Il peut ne pas se sentir autorisé à exprimer son amour et son attachement ou croire qu’exprimer ses sentiments envers un parent sera ressenti par l’autre comme une trahison.

On peut aisément concevoir devant quel dilemme il se trouve, coincé entre ses parents en conflit. Il peut:

  • soit continuer à exprimer et agir son lien d’attachement avec ses deux parents et risquer d’en subir certaines conséquences;
  • soit se positionner envers le parent de son choix et s’assurer au moins de préserver un bon attachement avec lui, au détriment de sa relation avec l’autre.

Quels sont les indices d’un conflit de loyauté?

Certains comportements de l’enfant pointent vers un conflit de loyauté. Par exemple, s’il :

  • invente des situations ou exagère les faits afin de présenter un parent sous son mauvais jour; par exemple, dire:

« Papa me fait faire trop de tâches ménagères »;

« Maman manque de temps pour me faire faire mes devoirs »;

« Je n’aime pas le nouvel ami de maman »;

« Je n’ai pas passé de bonnes vacances chez papa et n’ai eu aucun plaisir;

  • évite de parler positivement de l’autre parent ;
  • acquiesce aux propos dénigrant du parent allié.

Mais un enfant ne vit pas nécessairement un conflit de loyauté du seul fait qu’il prend une distance d’un de ses parents, le dévalorise ou ne veut plus le voir. Ces comportements ne sont considérés comme des symptômes d’un conflit de loyauté qu’en autant qu’ils sont reliés au conflit des parents.

Il revient aux juristes ou aux professionnels psychosociaux, intervenant dans un litige familial, d’investiguer pour identifier les causes du désengagement d’un enfant envers un parent afin de bien orienter leurs interventions juridiques ou psychosociales.

Un parent peut être rejeté pour d’autres causes que le conflit parental. Par exemple, parce qu’il a commis des abus sur l’enfant, pour son manque d’habileté parentale, parce qu’il n’a jamais eu d’attachement fort à l’enfant depuis sa naissance ou qu’il s’est peu impliqué dans sa vie. On rencontre aussi des cas où l’enfant privilégie tout simplement la relation avec le parent ayant le plus d’affinités avec lui.

Comment le conflit de loyauté affecte-il les liens entre les parents et l’enfant?

L’enfant impliqué dans un conflit de loyauté peut choisir, par exemple, de se positionner du côté du parent le plus à risque de lui enlever son affection, prenant pour acquis que son lien avec l’autre parent, moins vulnérable, survivra de toute façon. Il peut plutôt choisir le lien avec le parent le plus solide affectivement, en raison du sentiment de sécurité que lui procure ce lien. Ou bien se positionner du côté du parent qui est le plus présent dans sa vie ou de celui avec lequel il a le plus d’affinités. Chaque enfant réagit différemment.

Quelle peut-être la part de responsabilité des parents?

Un conflit de loyauté peut exister sans qu’aucun agissement des parents ne l’aie causé.

Mais, un parent peut jouer un rôle actif en ne collaborant pas au règlement du conflit avec l’autre parent ou en tenant l’autre parent à l’écart. Il peut aussi contribuer au conflit de loyauté par des messages implicites ou explicites refusant à l’enfant d’être heureux avec l’autre parent. Par exemple, en dénigrant, critiquant ou dévalorisant l’autre parent (ou son nouveau conjoint) devant l’enfant, en discutant du conflit avec l’enfant ou en l’encourageant à limiter ses contacts envers l’autre parent. Des parents rusent en organisant des activités que l’enfant préféra à ses sorties avec l’autre parent.

Le devoir d’autorité et d’éducation des parents envers l’enfant s’exerce conjointement, même après la séparation ou le divorce. Cela implique la collaboration des deux parents pour identifier et mettre en place les meilleures interventions pour aider l’enfant et l’éduquer adéquatement. Refuser de communiquer et de collaborer avec l’autre parent, par exemple, en disant « ce qui arrive est la faute de mon ex-conjoint(e) et ne me concerne pas », est donc un manquement à la loi et aux bonnes pratiques entre parents séparés.

Quelles sont les solutions psychosociales?

Le conflit de loyauté est souvent bénin et disparaît de lui-même. Mais, dans certains cas, il est nécessaire d’intervenir pour éviter qu’il n’évolue vers une rupture partielle ou totale des liens avec un parent, ou, dans les cas extrêmes où un parent joue un rôle actif en dénigrant l’autre, qu’il dégénère en aliénation parentale.

L’approche systémique en intervention psychosociale est reconnue pour donner de bons résultats. Elle est basée sur le principe que l’état ou le comportement de chaque membre d’une famille séparée a des effets sur les autres et sur le système familial. Ainsi, c’est souvent en intervenant pour régler le conflit parental qu’on pourra le mieux aider l’enfant.

Cette intervention requiert, idéalement, la participation des deux parents et de l’enfant. Or, il n’est pas possible au Québec de forcer un parent à participer à une thérapie familiale. Il faut donc souvent se contenter d’une intervention impliquant le parent rejeté et l’enfant.

Des services peuvent aussi être offert à l’enfant seul.

Les deux parents doivent donner leur consentement pour la participation de l’enfant à une intervention psychosociale, seul ou avec un autre parent. Cependant, l’enfant de 14 ans ou plus peut seul donner son consentement.

Lorsque le conflit de loyauté aboutit à une rupture de lien entre l’enfant et un parent, ils peuvent bénéficier ensemble d’une intervention en retissage de liens.

Quelles sont les solutions juridiques?

Lors d’une consultation, un juriste explorera avec un parent les moyens de régler à l’amiable le conflit parental pour enlever de la pression sur l’enfant. Ainsi, il pourra diriger un parent vers un service de médiation familiale ou l’aider à négocier avec l’autre parent une entente qui respectera ses droits. L’avocat pourra aussi négocier lui-même au nom de du parent et, si les négociations sont un succès, rédiger une entente légale qui sera signée par les deux parents et homologuée par la cour.

S’il est impossible d’en arriver à une entente à l’amiable, un avocat pourra monter votre dossier légal, le déposer à la cour, faire fixer une date pour la tenue d’un procès devant un juge afin qu’il tranche les points en litiges, comme la garde de l’enfant ou la pension alimentaire.

L’avocat pourra aussi adresser des demandes spécifiques à la cour pour obtenir une ordonnance :

  • pour la tenue d’une expertise sur la situation familiale et celle de l’enfant afin d’évaluer ses besoins et de faire des recommandations sur la garde et le plan parental;
  • autorisant une intervention psychosociale auprès de l’enfant de moins de 14 ans malgré le refus d’un autre parent;
  • ordonnant des mesures d’urgence pour déterminer la garde ou des accès temporaires encadrant le temps parental et les contributions financières des parents pour les enfants;
  • mettant en place un cadre juridique contraignant pour faciliter l’application des solutions retenues;
  • nommant un avocat pour représenter l’enfant devant la cour, lorsque cela peut être utile pour résoudre le conflit, protéger l’enfant ou communiquer le désir de l’enfant à la cour;
  • pour faire témoigner l’enfant devant le tribunal si ce dernier a l’âge de raison (au moins 7 ou 8 ans).

Conseils aux parents

  1. Pour prévenir ou régler un conflit de loyauté, les mesures suivantes devraient être mises en place:

  • éviter de dénigrer l’autre parent devant l’enfant;
  • rester respectueux lors des contacts avec l’autre parent en présence de l’enfant;
  • valoriser et favoriser les contacts et la relation de l’enfant avec les deux parents, par exemple, expliquer à l’enfant qu’il peut être bien avec chacun;
  • maintenir des liens de communication entre les parents afin de résoudre leurs litiges et ainsi éviter de mettre de la pression sur les enfants;
  • aussi souvent que nécessaire, faire appel à un médiateur familial pour résoudre les conflits entre les parents;
  • ne jamais utiliser l’enfant comme messager entre les parents;
  • ne pas discuter avec l’enfant des points litigieux entre les parents;
  • si l’enfant est conscient d’un désaccord entre les parents, expliquez-lui qu’il est normal que les parents ne soient pas toujours d’accord, qu’ils vont échanger pour s’entendre sur une solution et que ce désaccord n’affecte pas leurs liens individuels avec l’enfant.
  1. Dans les cas où l’enfant vit un conflit de loyauté en raison du dénigrement de l’autre parent, il est recommandé au parent rejeté de :

  • malgré le retrait de l’enfant, ne pas se retirer de la relation, mais au contraire, continuer de proposer à l’enfant des activités et s’impliquer dans les activités de l’enfant, comme les transports à ses activités sportives, participer aux rendez-vous médicaux, assister aux rencontres avec les professeurs;
  • choisir des activités d’interactions favorisant le développement ou le renforcement de ses liens avec l’enfant;
  • refuser de jouer le jeu de l’autre parent en ne se livrant pas soi-même à du dénigrement ou en exprimant de l’animosité;
  • nommer les actions, les discours ou omissions d’agir de l’autre parent qui piègent l’enfant et lui demander de modifier son comportement;
  • proposer à l’autre parent :
    • de participer à des séances de médiation familiale pour trouver des solutions;
    • de participer avec lui-même et l’enfant à une thérapie familiale
  • obtenir du support pour soi-même auprès d’un intervenant social ou d’un organisme d’aide;
  • prendre rendez-vous pour une consultation auprès d’un juriste pour connaître vos droits et recours.

[1] LATERRIÈRE, Frédéric, « L’attachement, la filiation, le besoin de l’enfant et la garde d’enfant 0-5 ans » dans Développements récents en droit familiale (2019).

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